samedi 14 mai 2016

Le ventre de la fée.







Conte cruel, joyau noir, le premier roman étonnant de maîtrise d’Alice Ferney suit de l'intérieur et sans complaisance la trajectoire de l’ogre, cet étrange serial killer qu’enfanta une femme superbe.



  l'incipit :
“De loin, la fée est une ligne dansante, un trait de lumière vaporeuse, un éclat de pastels tamisé et presque translucide comme celui des bonbons acidulés. De près, elle a une chair pulpeuse et claire de pétale. On la regarde, on ne peut détacher les yeux de ce point de couleur. Dans la surprise qu'elle crée on reste un moment silencieux. L'impression vient peut-être de sa silhouette fine qu'elle enveloppe dans des voiles, ou bien des couleurs qu'elle choisit pour cet habillement, ou alors, avec plus de mystère, d'une sorte de grâce qu'elle met en tout, on ne sait. Ce que l'on voit très vite, c'est qu'elle est seule à se vêtir ainsi d'étoffes vagues, sans forme et sans couture, et à donner à voir autre chose : le mirage d'une traîne sur une robe magique.”














la romancière  utilisele filtre d'un style poétique, lumineux, la transparence cristalline et délicate de ses lignes, pour opérer un véritable pouvoir d'attraction en faisant s'affronter en combat singulier, la beauté de la forme et l'horreur sans nom du fond.
Une écriture enchanteresse qui n'est pas sans rappeler celle de Sylvie Germain, cette façon troublante d'aborder la noirceur avec les mots les plus fins et sensibles et qui provoque chez le lecteur médusé, des sentiments contrastés, entre fascination et répulsion.
Véritable lecture coup de poing « le ventre de la fée » accouche dans la douleur des plus vils instincts de la nature humaine et sera à ce titre à déconseiller aux âmes sensibles…