textes (poésie) écrits par les participants lors des ateliers d'écriture


  
    

Le printemps des poètes
La belle endormie, Dame Nature, en ce temps de giboulées s’éveille, pointe furtivement son bout de nez.
A l’abri des frimas, elle a défrisé et tressé des racines de verdure, grattouillé la terre, nourris et lustrés les bulbes avec bienveillance. La sève des arbres aux branches dénudées sommeillait après les intenses va-et-vient des mois d’été. Dans les terriers, tout un petit monde souterrain s’est blotti au chaud, lové en toute quiétude, parfois cela s’agitait, ça grouillait, et, pointant l’oreille l’on s’émerveillait d’une douce mélodie en sous-sol.
En cette aube printanière quelques rayons de soleil chatouillent la belle endormie. Elle s’éveille avec douceur, elle s’étire avec bonheur, elle paresse, ouvre un œil puis……. se rendort.
Que nenni……… un bataillon de rayons solaires revient à la charge, et, cette fois-ci c’en est fini de ce long sommeil. Aiguillonnée, Dame Nature se hisse sur ses tiges et dévoile son bouquet, les fluettes violettes frémissent, les perles de mimosas explosent, les amandiers se voilent de nuées blanches, les lilas timidement bourgeonnent, l’or des jonquilles illumine le jardin pendant que les buissons ardent subliment le paysage de leurs mille feux.
Un coup de vent, une brise folle et, oh……… surprise, du calice de fleurs champêtres des milliers de lettres jaillissent, s’envolent, virevoltent au dessus des prairies. Elles dansent leur joie, elles piaillent, rigolent, s’égayent de cette liberté. Par dessus tout, les lettres adorent les écrivains mais surtout un qui les enrôle dans ses poèmes. Cette armada lettrée, soudain, s’ébroue tel un ballet d’oiseaux dans l’azur, puis par delà la forêt elles piquent vers une vieille bâtisse aux fenêtres béantes.
Subites comme l’éclair elles strient le calme de la maisonnée et s’agglutinent sur un secrétaire encombré où les espérait leur écrivain. Avec joie et précipitation, il écarte tout son désordre, étale une grande feuille blanche où les lettres, délicatement telles des bulles irisées, se posent.
« Enfin vous voilà, leur dit-il. J’attendais impatiemment votre retour. M’aviez-vous oublié les mignonnes …… j’étais sans grâce, mes pages restaient désespérément blanches ».
La main du poète, soudain se mit frénétiquement à tricoter toutes ces lettres, les rimes naissaient sous sa plume qui crissait sur la feuille. Peu à peu les poèmes vibraient sur cette feuille emplie de pleins et déliés. Cela dura des jours et des jours. Des milliers de consonnes lui parvenaient tous les matins, à chaque nouvelle floraison son cortège de voyelles. L’écrivain ne sortit plus de son antre, ne dormit plus, il écrivait, écrivait…. écrivait  des poèmes grâce à la bonté des fleurs. Il y avait tant de lettres qu’il en offrit à d’autres compagnons d’écriture, à des troubadours comblés par cette générosité. Il y avait tant de lettres que naquirent des milliers de poèmes et de chants, les plus beaux chants de la contrée.
Depuis fort longtemps, les écrivains honorent Dame Nature, tous les poètes lui offrent des rêveries, des rimes langoureuses, des odes enflammées et pour toujours le printemps sera leur saison, celle qui réveille et émoustille la vie, la saison du printemps des poètes.

Brigitte Martinez







 Le printemps des poètes  (Odette Sovrano)
 

Elle arrive sans bruit
On ne l’attendait pas
Elle sèche une larme
Et pose son regard
Humide de rosée
Sur l’amandier en fleurs.
 

Son suave parfum
Enivre les abeilles,
                                Un nuage de vie                                    

Éclate tout à coup 
la sève bouillonnante
Explose dans les feuilles
 

Et l’humble violette
Ne peut se cacher.
Elle est là sous les yeux
Du passant ébloui.
Elle charme, elle inspire
Quelle est cette déesse ?
 

Mais c’est « la poésie »
En courant dans les prés
Aux narcisses odorantes
Son regard lumineux
Rencontre un beau matin, 

Celui qui l’attendait au détours du chemin
 

Sire Printemps lui même
Et c’est une avalanche de rimes et de mots
       De rêves de lumières                 

         Ils sont tous là, enfin              
  Parfois sans le savoir
                Souvent sans le vouloir             

 Les doux rêveurs charmants 
Du printemps des poètes…












LE PRINTEMPS DES POÈTES

L'approche de la manifestation affole le bout des doigts.
La main ne les contrôle plus.
Alors sur l'instant, elle se pose.
La porte de l'échange s’entrouvre.
Un mélange de syllabes surgit d'une feuille froissée.
Plaisir de l'écriture instantanée,
La pensée vagabonde, s'évade,
Moment d'humilité de la créativité.
L'humeur du moment fantasme,
Le père des mots comble le trouvère.
Écrire, lire, faire lire, écouter n'est plus une utopie.
Tous les sens sont en éveil.
La poésie est telle.
Le mois de Mars accompagne le Printemps des Poètes.
Les générations vont épouser, instants de bonheur partagés.
Le bout des doigts a délégué, il peut sommeiller.

Michèle König (mars 2014)
 





 Allitérations et assonances







Innocence

Un enfant fanfaronnant derrière la fanfare familière
Grelot à la main, se grisait , gaiement, grelottant dans ce vilain temps.
Il courait courageusement cahin-caha au cabanon pour faire des cachotteries.
Ce coquin cachait là le chariot de chocolats, pour se régaler avec Charlotte,
sa grande amie rigolote, gourmande et gaffeuse.
Ils se régalent, goûtent pendant une heure, ajoutant des tartines de beurre.
Ils se racontent les histoires  des victoires de l'oie olivette qui court
toujours avec vigueur après sa prochaine victime, le voisin Victor,  vice amiral du
vaisseau vieillot nommé Victoire.
Ce vaisseau  a vingt fois vaincu valeureusement toutes les mers du monde,
dans le vacarme des vagues, croisant les terres volcaniques où pousse la vanille.
Sur son vaisseau, vaquaient un individu, vaguemestre vagabond, une vigie qui ne connaît pas le vertige , un voyou va-nu-pied prénommé Vilain, vêtu d'une vareuse verte.
Victor  n'avoue jamais aux enfants la véracité de ces vétilles, n'a t' il jamais vu un voilier voguer ?.
La véritable version versée aux enfants est à venir bien sûr, mais en attendant, en se quittant, ils vont rêver que l'oie Olivette, commandant de bord d'un beau voilier,
vient les chercher pour charger au Venezuela un chariot de chocolat.

Michèle König




Photo Roselyne Cusset




LE DÉLIRE DU PRINTEMPS

Sur la planète univers, c'est la fête du renouveau.
Le printemps chante, quelle impatience !
Le soleil pétille, la nature fourmille.
Ses rayons libèrent les plus fanfarons.
Une manifestation s'ordonne à l'unisson avec passion.
Commence le show du renouveau .
Les premiers à s'éveiller sont émerveillés
La fleur endormie s'étire langoureusement en papillonnant.
Les corolles s'exhibent, étalent leurs couleurs en douceur.
Les pâquerettes discrètes font concurrence aux vives violettes.
Les abeilles attendent l'épanouissement des bourgeons, encore bougons.  
Dans les herbes folles les fourmis s'affolent, elles affûtent leurs pinces en vue du labeur ravageur.
Le bousier terrassier pousse la miniature de notre planète bleue.
Son rival le scarabée, lutte pour le titre tant convoité de forçat du gravât.  
La coccinelle jolie demoiselle, subjugue le puceron bien rond
qui croyait être le patron.
La sauterelle fait la belle devant le crapaud penaud qui n'a pas encore levé le rideau.
Le chat se terre devant la souris qui rit et le nargue comme son amie Jerry.
L'oiseau batifole guettant le vermisseau qui sort des herbes folles.
Les cailles rassurent les étourneaux qui ont perdu leur marmaille.
La taupe et le ver de terre espèrent être le plus malin à s'emparer du meilleur  souterrain. 
La mante religieuse part à l’affût du plus bel amant.
L'escargot épie la limace, nue devant une perle de rosée.
La poule invite le poussin à sortir du coussin de duvet douillet.
Le hérisson et la pipistrelle sont en batterie lui au sol, elle, en vol pour
coiffer cette nation en action.
La liste pourrait être infinie de cette litanie,
mais n'oublions pas que les guêpes nous tyrannisent de leur dard vu trop tard,
les araignées nous affolent quand elles font les folles,
les blattes nous dépriment quand elles s'insinuent dans les lattes de la cuisine.
Habilement, le printemps ensorceleur, séducteur, nous met de bonne humeur.
Les pierres sont des bavardes qui seront fières de raconter aux savants dans la nuit des temps le délire de tous ces habitants.

Michèle König
 







ABÉCÉDAIRE
Abricot je me délecte de ton goût,
Buvant ton sirop jusqu’à la dernière goutte.
Cerise noire je te préfère à la rouge ;
Dans mon jardin, vous me faites les yeux doux.
Éphéméride tu me contes les jours,
Fable tu m’enivres de morale ;
Gymnastique je dois faire pour te comprendre.
Hector mon ami où es-tu parti ?
Image belle tu m’as laissée dans le
Jardin rempli de roses à peine écloses.
Kiwi je te déguste et je voyage alors dans
Lan tian l’un des berceaux de la Chine.
Myrtille ton bleu violet me transporte au pays de la
Neige au sommet des monts vosgiens ou d’Ardèche.
Orange fruit du « coucher de soleil »
Pêche blanche ou jaune légèrement duveteuse
Quetsche ou prune de Damas raffolent mes papilles.
Rouge couleur chaude de la passion que
Savourent 2 amoureux transits de froid.
Terre lieu de vie et de magie que côtoie
Uranus Dieu du Ciel ou
Vénus Déesse de l’Amour et de la Beauté.
Williams, oh ma belle poire, sur toi vient le
Xylocope solitaire butiner ton arôme.
Yacht transporte moi loin des tumultes pour voir les
Zèbres dans la savane d’Afrique.


Corinne Merchet







Acrostiche de Corinne Merchet

CORINNE
Comme l’oiseau bleu sur une branche
Où je l’ai vu posé un dimanche,
Rusée jusqu’à la nuit des temps,
Immortelle au-delà des monts,
Née un vendredi de printemps,
Naviguant au son d’un accordéon,
Elle désire être libre comme l’oiseau bleu.






Un voyage au point

Dans une fiole en cristal, elle attend, l’encre noire,
Dans cette encre noire, l’écrivain plonge délicatement sa plume,
Sur la plume la goutte d’encre doucement glisse vers la page blanche,
Sur la page blanche, la fine gouttelette invite messire l’alphabet,
Dans l’alphabet, le « i » attend fébrilement son point,
Dans ce point, une perle noire de rosée jaillit, d’un bond elle se cloue sur le « J »,
Dans le « J », la joie des pleins et déliés donne volupté à des milliers de mots,
Dans les mots, le point balade allègrement sur l’échine de Mesdames Lettres.
Dans les lettres, il a de très bons amis, tel l’ondoyant  « S »,
Sur le « S », il se faufile sinueusement ondulant tel un serpent,
Sur le serpent, il rampe vers les flancs vertigineux du majestueux «M »,
Sur le « M », il s’étire et s’allonge vers le « N »,  rebondit et s’enroule sur le « O »,
Dans le « O », il tournoie et s’élance vers l’affriolante &,     (esperluette)
Dans l’Esperluette, il rigole tout en dévalant cet enivrant toboggan,
Sur le toboggan, il est accroché par le sévère et rigide « K »,
Sur le « K », il défile arrogant en habit kaki au pas saccadé,
Sur le pas saccadé, il s’enfuit haletant vers l’échelle du « H »,
Sur le « H », il entend les aigus et les graves des facétieux accents,
Sur les accents, il s’envole en décrochant au passage une cédille,
Sur la cédille, il se moque du courroux de monsieur le « C »,
Dans le « C », il happé par la voûte étoilée, de joie il vacille,
Dans son vacillement, il voyage encerclé de points brillants, ses nouveaux amis,
Dans ses amis, au milieu de la voie lactée, une gracieuse étoile lui sourit,
Sur cette étoile, pour visiter le cosmos, il s’agrippe à une élégante comète,
Dans la comète attend un vaisseau qui le transporte, loin, loin vers l’infini,
Dans l’infini, il ne peut oublier sa famille et le grandiose univers des mots,
Sur les mots,  accroché aux consonnes, il fend le ciel au galop,
Dans son galop, certains l’ont déjà abandonné à son monde sidéral,
Dans ce monde sidéral, pour aller de la cime vers l’abîme, faut-il un chapeau pointu ?
Dans ce chapeau pointu, n’y aurait-t-il pas un intrus ?
Sur cet intrus, il devine les zigzags du très inquiet et soucieux « Z »,
Sur le « Z » et pour  le « Z » il est frétillant comme un insatiable amant,
Sur l’amant, il est ébouriffé, balayé par la rose des mille vents,
Sur les vents, même balloté, il repère, pour son retour, le chemin
Sur son chemin, le souffle des phrases le renvoie vers l’écrivain,
Dans l’écrivain, il retrouve son merveilleux et fidèle ami,
Dans l’ami, il devine son long vagabondage fatal
Dans son vagabondage fatal, loin des mots, pour lui point de vie
Dans sa vie, il s’en retourne illuminer tous les « i »
Sur les « i », il a pour complice la main de l’écrivain
Sur la main de l’écrivain, l’ultime goutte d’encre,
Sur la goutte d’encre, il revient ce céleste voyageur,
Sur le voyageur, flotte un immense bonheur,
Sur ce bonheur, il arrime à tous jamais son ancre,
Sur cette ancre, à la source des mots Messire l’Alphabet
Dans Messire l’Alphabet est séduite la fine perle d’ébène
Sur cette perle d’ébène il termine son épopée, s’échouant en un délicat point final.


Brigitte Martinez


Texte Gigogne d’Ode Sovrano

-  1  -

Sur la place du village, une foule énorme se presse sans dire un mot

Dans cette foule, un groupe se distingue plus particulièrement tant il est attentif

Sur ce groupe se dirige venant d’un ciel torturé et zébré de noir un objet horrible et inquiétant

Sur cet objet une flèche brillante et lumineuse paraît vouloir se détacher

Dans le groupe soudain un enfant se met à pleurer en regardant la flèche

Sur l’enfant la pointe de la flèche se dirige et vient transpercer une petite coccinelle accrochée dans ses cheveux



Texte Gigogne n° 2



Dans le pré verdoyant et fleuri une mouche bleue se promène

Dans le pré fleuri, la mouche bleue grimpe lourdement sur une branche de verveine

Sur la branche, elle rencontre une autre mouche qui ne lui ressemble pas, c’est une abeille……










Textes à partir du tableau « La rencontre » de Rémédios Varo





Texte écrit en regardant une peinture de Mimetismo de Remedios Varos
(une femme assise triste, maigre, dans une pièce sombre, elle entrouvre un coffret posé sur une table devant elle et son visage émacié apparaît)


REVERIE

Lorsque descend le soir,
J’abandonne le tumulte de ma vie austère.
Je m'enferme seule dans cette morne pièce.
La lumière blafarde envahie le boudoir.
Dans ce ténébreux monde où j'erre,
Un léger vent fait frémir ce vêtement
Qui ourle mon corps.
J’entrouvre ce trésor qui me fait face,
Posé là comme par enchantement.
Du coffret sort une lueur qui m'aspire,
Une face divine transparente,
Le reflet de moi-même.
Je suis seule sur une île muette,
Entourée d'un océan turquoise.
La brume s'estompe dans mon esprit,
Ma mine sombre s'illumine.
J'entrevois soudain le soleil.
Je suis d'autre part.
J'habite aussi les étoiles.
Je rêve de soleil couchant,
De la douce lumière de l'aurore.
Je rêve de partir devant moi.
Subitement, mon visage reprend une beauté triste,
Je pense aux lendemains.
Je referme mon trésor,
Instant furtif de bonheur vagabond.

 Michèle König




















LES 6 BOITES
Dans les profondeurs d’un ancien manoir
Se trouvait une pièce sans vie.
Dans cette pièce se dressait une étagère
Sur laquelle six boites différentes attendaient
Que la femme sans nom vienne les ouvrir.
Un jour où le temps s’était interrompu
Elle vint toute drapée de bleu s’asseoir.
Elle s’empara de l’une des boîtes
Dans lesquelles se nichait une partie de sa vie.
Quand elle l’ouvrit elle prit peur ;
Son visage apparut plus triste que jamais.
Celui-ci l’implorait de le laisser sortir.
Mais la femme fut aspirée dans un tourbillon bleu
Et petit à petit elle fut engloutie dans cette boîte.
Cette partie de sa vie était finie
Et elle devait l’abandonner à jamais.

Corinne Merchet





Sans bruit, elle s’assied et drapée dans ses voiles bleus métal, elle observe son visage aux grands yeux vides, au menton pointu comme un silex, aux pommettes saillantes, paraît sortir d’un film d’horreur. Ses longs bras décharnés émergent de ce linceul. Autour du corps maigre s’enroulent tels des serpents les rubans de son vêtement informe, ses doigts squelettiques ont posé sur la table ronde un coffret de cuir fauve. Elle hésite, elle ne peut se résoudre à fixer son regard morne sur l’objet. Pourtant elle regarde enfin et découvre toute l’horreur du spectacle qu’elle redoutait depuis des temps immémoriaux, la vision hurlante de l’enfer et l’heure de sa propre mort dans soixante minutes très exactement.
 Ode Sovrano


Le coffret
Là, ici, maintenant, nimbée d’un vaporeux voile pastel
Ce coffret sur l’étagère, pourquoi l’a-t-elle pris ?
Sera-t-il un écrin de bonté ou suintera-t-il du fiel ?
Ses questionnements y sont-ils profondément enfouis ?

La sombre clarté vespérale dévoile l’austérité du lieu,
Éclaire la ténuité et l’intense dépouillement
De celle pour qui la vie ne semble plus un enjeu
De cette jeune fille, si mélancolique et encore enfant.

Pensive en silence, de sa longue main émaciée
Le regard lointain, elle ouvre délicatement ce coffret
Que va-t-il jaillir de cette obscurité ?
Osera-t-elle affronter ce regard qu’elle a éveillé ?
Craint-elle un jugement ou attend-elle amitié ?
Ce regard dévoilé, à un lambeau de son haillon accroché,
Va-t-il l’attirer et l’enfermer tout au fond de ce coffret
Où, pour fuir sa solitude,  va-t-elle se laisser aspirer
Pour ne pas voir sa vérité, et, ainsi, sérénité rencontrer ?

Osera-t-elle résister à la tentation
De s’enfermer pour l’on ne sait qu’elle éternité
De faire de sa vie son aberration
Qui la conduirait, là-bas, sur cette étagère à tout jamais ?


Brigitte Martinez

                     
                                            
Variations sur la couleur bleue

                                           Léonore Fini

 BLEU
Ce jour-là, vêtue d’une robe bleu marine, je me prélassais au pied de la Femme Allongée lorsqu’un petit vent marin se leva. D’un naturel frileux, je recouvris alors mes épaules d’un châle bleu turquoise qu’un ami musicien m’avait rapporté des îles grecques et je basculai quelques années en arrière.
Loukas, cet ami grec, dont j’étais follement amoureuse, était d’une beauté intemporelle avec des yeux bleus azur. Avec lui, j’ai fait le tour du monde et j’ai découvert des lieux magiques où la notion du temps disparait.
En Islande, où la nuit et le jour ne font parfois plus qu’un, les aurores boréales vous transportent dans un monde à part. Le Lagon Bleu est un lieu envoûtant où la couleur bleue se mélange avec le vert et le blanc nacré.
Au Québec, j’ai vu des pingouins qui dansaient sur la banquise alors que le vent polaire fouettait férocement mon visage. Dans le ciel bleu mistral, quelques flocons volaient au vent lorsque nous croisâmes un paon qui nous salua courtoisement dans une révérence majestueuse.
Au Maroc, je fus comme ensorcelée par la beauté de Chefchaouan, la ville bleue. Au dédale des rues, je m’enivrai de cette couleur chaude.
Au pays des touaregs, mon ami m’initia à la musique africaine et au jeu de l’amour. Alors que le soleil se couchait, un arc en ciel vint illuminer le ciel et au milieu des dunes sahariennes, il me demanda en mariage, m’offrit un saphir et un bouquet d’iris. Coiffés de chèche bleu indigo, nous dansâmes toute la nuit au son des imzad.
Lorsque nous rentrâmes en France, il m’emmena à la montagne. Nous passâmes une nuit à la Mer de Glace où le bleu est maître de ce royaume silencieux. Avant de partir pour le pays des songes, nous avons siroté un cocktail à base de curaçao et fumé des gitanes.
L’avion nous transporta une dernière fois au milieu des champs de coton lorsque j’aperçus au loin la ligne bleue des Vosges. Ce coin de paradis où poussent la gentiane, la myrtille ou encore la prune de Damas à la chair sucrée et acidulée. Quel régal après avoir zizagué pendant des heures entre les sapins bleus que de déguster la tarte aux quetsches de mémé Jeanne…
La cloche du village me fit revenir sur terre ! Dommage j’étais si bien avec Loukas… Mais, je devais finir un travail de poterie que l’on m’avait commandé ; je devais façonner des assiettes bleues lavande. La poterie, un autre monde de sensualité et de rêverie.


Corinne Merchet
- 


Les amoureux ,en bleu de Marc Chagall 1914



Bleu
Et j’ai perdu mon âme en regardant  tes yeux.
Mystérieux et rêveurs comme une aigue-marine.
Il s ont su à l’instant tels des volubilis m’enrouler,
M’enlacer dans un pays nouveau vers un monde sublime.
Peut-on avec des mots décrire cet azur aimé,
Que furent nos années de bonheur indicible.
Nos jours n’étaient que fleurs.Encolies et lavandes
Se mêlaient parfumées au chant de la mésange.
Nous courions dans les prés, éperdus de bonheur
De la tendre violette à l’humble centaurée
De nos doigts tout tremblants nous faisions des bouquets.
                                     

              Vint le temps de l’orage et ce, sans arc-en-ciel.
Entre nos corps meurtris s’est glissée la souffrance.
Ta dure maladie nous laissait sans défense
En ravinant ton corps en délavant tes yeux.
Ils ont en quelques jours perdus l’éclat de l’âme
Dont l’ardeur m’embaumait de miel.
Assise à ton chevet, couverte d’ecchymoses
Et le cœur ravagé découvrant ton regard ;
Il avait la couleur et l’éclat du métal,
De l’ardoise, du fer, de la bombe au cobalt.
Dans un dernier sursaut ourlé d’écume blanche
Tu m’as abandonnée et j’ai vu dans tes yeux
Ouvrir prés des étoiles un bouquet de pervenches.
Ode Sovrano Janvier 2014
(sous copyright )