jeudi 13 novembre 2014

Les chants de l'innocence hommage à William Black



William Blake
Voir le monde dans un grain de sable
Et le paradis dans une fleur sauvage
Tenir l'infini dans le creux de sa main
Et l'éternité dans une heure.



Blake est né le 28 novembre 1757 à Londres, troisième enfant de Catherine Wright et James Blake, un bonnetier d’origine irlandaise. Il ne fréquente quasiment pas l'école, apprend seul à lire et à écrire, et, à neuf ans, raconte à ses parents qu’il a eu des visions d’anges dans les arbres et dans les champs. Doué pour le dessin, il entre à dix ans dans une école d’art où il copie des estampes et des moulages, avant d’être, à quatorze ans, mis en apprentissage chez un graveur où il est chargé de reproduire les statues des églises gothiques de Londres, et en particulier les effigies funéraires de l’abbaye de Westminster. Il découvre ainsi l’art gothique, qui sera pour lui « forme vivante » et « art spirituel ». Pendant les sept années qu’il pas- sera chez ce graveur, il mettra au point le procédé de la « gravure enluminée » (illuminated printing) qui consiste à graver le texte et l’image en relief sur une même plaque de cuivre.
En 1773, il réalise sa première gravure originale, Joseph d’Arimathie dans les rochers d’Albion, d’après Michel-Ange. Admis en 1778 à l’Académie royale des arts, il se rebellera contre les doctrines esthétiques néo-classiques de son président, le peintre Joshua Reynolds, et contre les adeptes du clair-obscur. A l’Académie, en revanche, il se lie d’amitié avec le sculpteur et dessinateur John Flaxman, ainsi qu’avec le peintre fantastique Johann Heinrich Füssli, qui exercera sur lui une profonde influence.
En 1782, il épouse une jeune fille pauvre et analphabète, Catherine Boucher, à qui il apprendra à lire et à écrire. Avec son aide, il imprime et publie en édition privée un recueil des Esquisses poétiques qu’il écrivait depuis l’âge de douze ans et qui lui avait permis de poser les jalons de sa manière poétique. L’année suivante, survient un drame qui le marquera profondément : la mort de son jeune frère Robert, âgé de dix-neuf ans, dont le fantôme ne cessera de le hanter et avec lequel il « dialoguera » régulièrement tout au long de sa vie.
En 1785, il ouvre son propre atelier de gravure, mais doit le fermer quelques années plus tard faute de moyens. En 1788, il publie le recueil Il n’est pas de religion naturelle, dans lequel il prend position contre le scientisme de Francis Bacon, le rationalisme d’Isaac Newton et l’empirisme de John Locke. En 1789, il applaudit à la prise de la Bastille et fréquente les milieux révolutionnaires londoniens. Dans le même temps, il se réclame du scientifique et mystique suédois Emanuel Swedenborg, lit le théosophe allemand Jakob Böhme, mais aussi Platon et Plotin. Cette même année, il publie les Chants d’innocence, recueil de poèmes simples et lyriques, d’inspiration chrétienne et destiné aux enfants (« Des chants heureux / Que tout enfant ait joie d’entendre »), qu’il imprime lui-même.
Entre 1790 et 1793, il écrit et grave le Mariage du ciel et de l’enfer, recueil de poésie en prose, le plus riche de ses Livres prophétiques. Révélée par Gide, cette œuvre, d’inspiration biblique, fait référence au livre de Swedenborg le Ciel et l’Enfer. A propos de ce texte, Jean Rousselot, auteur d’une étude sur Blake dans la collection « Poètes d’aujourd’hui » (Seghers, 1964), s’interroge : « Ce chemin infernal ne serait-il pas un chemin vers la Grâce ? », avant de poursuivre : « Ce chemin creusé d’abîmes, peuplé de fauves et de serpents, n’était, en tout cas, point fait pour les sandales presbytériennes, anglicanes ou romaines. En fait, William Blake a donné, dans ce poème, plus libre cours que partout ailleurs à sa frénésie destructrice […]. » Pour le poète, tout réside dans l’opposition des contraires : « Attraction et répulsion, raison et énergie, amour et haine, sont nécessaires à l’existence de l’homme. » Blake recherche l’unité de l’âme et du corps, de Dieu et de l’homme à travers les « contraires » qui les opposent.
En 1794, il publie les Chants d’expérience dans lesquels il exprime ses doutes sur la condition humaine et la société. Innocence et expérience sont « les deux états contraires de l’âme humaine » qu’il dépeint dans deux poèmes indissociables, « l’Agneau » et « le Tigre » qui symbolisent, l’un, l’innocence de l’enfant et l’autre, la cruauté du monde adulte. Sous la simplicité apparente des mots et des images, les Chants revêtent une dimension symbolique, baignant dans une aura qui suggère au lecteur un autre monde, une autre réalité.
Après ce recueil, il continuera, durant une trentaine d’années, à écrire de longs poèmes en vers libres qui constituent une véritable épopée de la création, des dieux et de l’homme, élaborant ainsi une cosmogonie et une mythologie personnelles complexes, inventant des figures archétypales qui expriment ses préoccupations sociales.
Dans le Livre d’Urizen (1794), il oppose à ce personnage mythique, incarnation du conservatisme et de la morale traditionnelle, celui d’Orc le Rouge, « qui aime la rébellion sauvage et transgresse la loi de Dieu ». La même année, Europe, une prophétie est un autre recueil qui illustre les malheurs du monde : guerres, épidémies, famines, le mal sous toutes ses formes. Pour Alain Suied, traducteur des Chants (éditions Arfuyen, 1992 et 1993), Blake «montre le Mal, mais c’est pour le fondre dans la contradiction universelle, pour démontrer qu’il mène à la possibilité du Bien! […] Le feu qui y brille est celui de la révolte intérieure, de l’aspiration à l’absolu, l’appel sans fin à la transgression suprême et quotidienne. » Le frontispice du livre, une eau-forte en relief imprimée en bleu, montre Urizen, « l’Ancêtre des jours », responsable des maux de la guerre, créateur d’une « religion trompeuse » (l’anglicanisme), qui a fabriqué de « grands instruments en or, argent, fer et bronze », ici le compas, « pour mesurer l’immensité, créer un monde prêt à se plier à sa volonté ».
L’expérience qu’il avait acquise adolescent, lorsqu’il copiait les statues des églises de Londres, l’avait conduit à se passionner pour l’art gothique, plutôt méprisé à cette époque où prévalait le néoclassicisme. Mais au crépuscule du XVIIIe siècle, apparaît une abondante littérature « gothique » (Horace Walpole, Ann Radcliffe, Matthew Gregory Lewis) qui connaît rapidement un grand succès et va inspirer Blake pour ses grandes estampes en couleur rehaussée à l’aquarelle (il en peindra douze), notamment Hécate ou la Nuit de joie d’Enitharmon. Déesse tricéphale du panthéon grec, lunaire et chtonienne, à la fois bienveillante et redoutée, Hécate est entourée d’animaux (hibou, chauve-souris…) qui évoquent le monde « gothique » de la magie et de la sorcellerie. Une autre de ces estampes, la Pitié, lui a sans doute été inspirée par une scène de Macbeth où le héros de Shakespeare, envisageant l’assassinat du roi Duncan, s’inquiète des conséquences de ce meurtre éventuel et s’écrie : « La pitié, pareille à un nouveau-né tout nu chevauchant sur l’ouragan, ou à un chérubin céleste qui monte les coursiers de l’air, soufflerait l’horrible action dans les yeux de tous, jusqu’à noyer le vent dans un déluge de larmes. »
Blake définit ses estampes comme des « fresques portatives » où dominent souvent, comme le fait observer Gilbert Durand, la circularité et la spirale qu’il « intensifie en vrilles, en arabesques », créant ainsi « un gothique “flamboyant” [qui] suggère à notre œil du XXe siècle une sorte de “modern style” avant la lettre qui marie déroulements et enroulements » (préface au livre de Danièle Chauvin, l’Œuvre de William Blake. Apocalypse et transfiguration, Ellug, 1992).
Dans les années qui suivent, il réalise plusieurs centaines d’aquarelles afin d’illustrer le recueil poétique les Nuits (1745), d’Edward Young, et les Poèmes, de Thomas Gray, auteur de la célèbre Elégie écrite dans un cimetière de campagne (1751). Il peint aussi plu- sieurs grands tableaux où se mêlent des personnages et des héros des mythologies antiques, de la Bible et de l’histoire de son temps. En 1800, Blake et sa femme s’installent dans un cottage du Sussex où il va travailler d’arrache-pied, dessinant et gravant des illustrations pour l’Ancien et le Nouveau Testament, et s’attelant à la composition de grandes épopées visionnaires rédigées en vers libres et gravées à l’eau-forte comme le Jugement dernier, où il expose sa vision du cosmos et de l’histoire spirituelle de l’humanité.
De retour à Londres, en 1804, il écrit et illustre Milton, a poem, livre épique consacré à l’auteur du Paradis perdu, et commence à écrire Jerusalem, poème qui raconte la chute puis l’éveil du peuple anglais (Albion), parallèlement à l’éveil du pouvoir féminin de Jérusalem. L’année suivante, un éditeur lui commande des aquarelles destinées à la gravure. Parmi les douze qui seront gravées, celle intitulée la Mort du mauvais homme accompagne le poème la Tombe, de l’Ecossais Robert Blair. Cette aquarelle à la plume et à l’encre noire montre un homme à l’agonie, deux figures féminines, l’une désespérée penchée sur lui, sa femme certainement, l’autre debout en pleurs, sa fille peut-être, tandis qu’un autre homme (son double, son âme), entouré de flammes, s’envole vers une fenêtre. Récemment acquise par le musée du Louvre, elle est la seule œuvre de Blake qui appartienne aux collections publiques françaises.
En 1809, Blake organise sa propre exposition à Londres, il y propose des œuvres, peintes et gravées, représentant des personnages de la Bible et des morts illustres, ainsi que son Catalogue descriptif dans lequel il résume ses réflexions sur l’art et l’imagination, cette dernière étant, pour lui comme pour Baudelaire, la « reine des facultés ». L’entreprise est un échec total et il se trouve réduit à la misère. Il lui faudra attendre une dizaine d’années avant de rencontrer le peintre naturaliste John Linnell qui lui apportera son sou- tien. Grâce à lui, il sera, à partir de 1820, entouré de jeunes peintres qui, sous la houlette de l’un d’entre eux, Samuel Palmer, constitueront le groupe The Ancients et le considéreront comme leur mentor.
A la demande de Linnell, il entreprend une série d’illustrations pour la Divine Comédie, puis pour le Livre de Job. Désormais, il ne dessine plus que sur commande et cesse d’écrire. Le jour de sa mort, le 12 août 1827, il s’arrête de travailler à la Divine Comédie pour dessiner un portrait de sa femme, puis, le dessin achevé, murmure des cantiques et rend son dernier souffle, « non comme un homme, mais comme un ange bienheureux », ainsi que le dira un témoin. Il est inhumé dans une tombe anonyme d’un cimetière de Londres.


Les « portes de la perception »

« Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaîtrait à l'homme comme elle est, infinie. » (« If the doors of perception were cleansed everything would appear to man as it is, infinite. ») (Le Mariage du ciel et de l'enfer).



Il à écrit

« Si le soleil et la lune doutaient, ils s’éteindraient sur le champ. »

« Comment savez-vous si chaque oiseau qui fend les voies aériennes n’est pas un monde immense de joie qui est fermé par vos cinq sens ? »
Né à Londres un 28 novembre 1757 mort en 1827
 Graveur, dessinateur, peintre et poète, William Blake demeure l’une des plus célèbres et surtout la plus secrète figure du romantisme anglais.

Son  œuvre est un perpétuel dialogue entre l’image et le verbe.
Il était surnommé « le pauvre fou » et fut  traversé  d’intuitions subtiles , visionnaire  et exalté.
De nombreux artistes se sont inspirés de son œuvre :
Aldous Huxley "Cette formule a inspiré le choix du nom de l'essai d' Aldous Huxley "les portes de la perception " ainsi que le nom des Doors célèbre groupe américain.

Les cinéastes se sont également inspirés de son œuvre:

Le film Dead man de Jim Jarmusch   lui rend hommage de plusieurs façons.