lundi 6 octobre 2014

le coin lecture du mois d'octobre









Résumé : Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le Constellation, lancé par l’extravagant M. Howard Hughes, accueille trente-sept passagers. Le 28 octobre, l’avion ne répond plus à la tour de contrôle. Il a disparu en descendant sur l’île Santa Maria, dans l’archipel des Açores. Aucun survivant. La question que pose Adrien Bosc dans cet ambitieux premier roman n’est pas tant comment, mais pourquoi? Quel est l’enchaînement d’infimes causalités qui, mises bout à bout, ont précipité l’avion vers le mont Redondo? Quel est le hasard objectif, notion chère aux surréalistes, qui rend "nécessaire" ce tombeau d’acier? Et qui sont les passager? Si l’on connaît Marcel Cerdan, l’amant boxeur d’Édith Piaf, si l’on se souvient de cette musicienne prodige que fut Ginette Neveu, dont une partie du violon sera retrouvée des années après, l’auteur lie les destins entre eux. "Entendre les morts, écrire leur légende minuscule et offrir à quarante huit hommes et femmes, comme autant de constellations, vie et récit."



Joë Bousquet

« le poète immo­bile », paralysé depuis l'âge de 21 ans par une balle allemande qui lui traversa la colonne vertébrale, le 27 mai 1918, Joë Bousquet fit de sa blessure de guerre le thème central de son œuvre méditative et vibrionnante, consacrée à l'observation minutieuse de toutes les perceptions que l'écriture est capable d'aiguiser. 

Le poète (1897-1950) perdit l'usage de ses membres inférieurs et resta alité le reste de sa vie, à Carcassonne, dans une chambre dont les volets étaient éternellement clos. C'est là, en janvier 1946, alors qu'il était reclus depuis vingt-huit ans, qu'il fit la connaissance d'une jeune étudiante prénommée Linette - qui le troubla par son charme, son intelligence, sa fraîcheur. Cette amitié amoureuse dura plus de trois ans, du 20 janvier 1946 au 17 février 1949. Et lui apprendre, lui le paralytique, l'immobile « momie », que la vie est immense, ainsi que la littérature et l'amour.
 . Et si Linette finit par se marier avec un autre homme, elle garda précieusement, dans une mallette de cuir rouge, ces centaines de lettres passionnées. Bibliophile et journaliste, Nicolas Brimo s'est chargé de faire naître au grand jour ces lettres intenses destinées à sa mère, agissant ainsi, aussi bien pour le bien public que par amour filial. De par ce généreux présent, en découlera un véritable éblouissement littéraire à la lecture de cette correspondance qui est, en outre, augmentée d'un cahier-photo, de fac-similés et de documents inédits.
Comme il lui est impossible de parcourir le monde, le monde s'invite chez lui. De nombreux visiteurs, qu'il appelle "passants", lui rendent visites. Les rencontres lui révèlent qui il se révèle être par la parole, tant «nos paroles nous créent.». André Breton, Paul Eluard, Marx Ernst, Louis Aragon, Jean Cocteau ou Jean Paulhan, lui écrivent. Les peintres, Hans Bellmer et Magritte, lui envoient leurs dessins ou leurs toiles. Baignant dans cette vie artistique, Joë Bousquet peut offrir une éducation littéraire et picturale à sa préférée, en lui ouvrant les portes de son monde. En effet, il a guidé, dans ses balbutiements d'étudiante, la jeune femme, en lui livrant des conseils de lecture, en lui prêtant généreusement des livres, ses livres, des revues et des catalogues d'exposition. S'il mit à sa portée les plaisirs provenant des découvertes de l'art, il lui confia ouvertement pareillement ses difficultés, ses doutes et ses souffrances d'écrivain. Ces lettres contiennent de subtiles réflexions sur l'amour et la puissance de la poésie. Elles sont chargées d'une intransigeante volonté de transformer la réalité. «Il ne faut rien accepter que l'authentique», écrit-il.
Passionné, il porte son regard vers l'impossible. Il s'attaque avec ses mots à l'incompréhensible du monde, et en poète sensible à la beauté qu'il est, lui donne des images. Il exprime une mystique de l'amour, puisque, comme André Breton, il croit à l'amour fou et à la parole fusionnelle : "Un jour nous aurons un langage à nous deux, nos yeux en sauront toutes les nuances : rien qu'à nous regarder nous comprendrons ce qui échappe à toute pensée."
Amateur d'écrits érotiques, il la déshabille en rêve et dépasse son impuissance physique par l'enchantement poétique. «C'est ma vie qui est mon être de chair. Elle s'est sensualisée, (...).» Cette sensualité est le résultat de sa volonté de vivre intensément. Il ajoute que «Rien n'est grand que spiritualisé.» et que « l'amour sans limites nous fait gravir une échelle spirituelle par un mélange des sexes.». Dans cette lutte du "poète immobile" sans cesse à la recherche des moyens capables de repousser les limites de la réalité, il est question d'amour absolu, puisqu'il est bien résolu à ce que la réalité naisse de la poésie, et non simplement l'inverse.



Extrait "lettre à Poisson d'or"
Il faut que le soleil se montre à nous comme le miroir des roses pour demeurer le soleil ; l'ancolie, comme un rideau de sable ..
SHÉHÉRAZADE René Magritte 1948






  

Je vous présente mon coup de cœur

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résumé du livre

'Écoutez, mes sœurs ! Écoutez cette rumeur qui emplit la nuit ! Écoutez... le bruit des mères ! Des choses sacrées se murmurent dans l'ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d'épices, magie et recette se côtoient. Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le cœur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées.Onctueuses
   larmes au palais des hommes !'. Frasquita Carasco a dans son village du sud de  l'Espagne une réputation de magicienne, ou de sorcière. Ses dons se transmettent aux vêtements qu'elle coud, aux objets qu'elle brode : les fleurs de tissu créées pour une robe de mariée sont tellement vivantes qu'elles faneront sous le regard jaloux des villageoises ; un éventail reproduit avec une telle perfection les ailes d'un papillon qu'il s'envolera par la fenêtre ; le coeur de soie qu'elle cache sous le vêtement de la Madone menée en procession semble palpiter miraculeusement...
   Frasquita été jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs. Réprouvée par le village pour cet adultère, la voilà condamnée à l'errance à travers l'Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang, suivie de ses marmots eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels... Le roman fait alterner les passages lyriques et les anecdotes cocasses ou cruelles. Le merveilleux ici n'est jamais forcé : il s'inscrit naturellement dans le cycle tragique de la vie. 




extraits

La première phrase

« Mon nom est Soledad. Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec des bras morts incapables d’enlacer et de grandes mains inutiles. »

morceau choisi

« L’homme se soumit au tranquille pouvoir de la main et du fil. Il regarda le visage de celle qui reprisait son être effiloché. Le fil s’enfonçait toujours plus profondément dans l’épaisseur du tissu. Mais il ne s’agissait plus d’étoffe, l’aiguille fouillait plus loin. La pointe chatouilla le petit garçon endormi, elle retrouva son ombre cachée au pied d’un olivier et les ligota solidement l’un à l’autre. Frasquita mit bord à bord désir et volonté et recousit le tout. Puis elle fit un nœud au bout du fil et coupa d’un coup de dent ce pont qu’elle avait jeté entre elle et l’homme qui la regardait. Il se sentit soudain orphelin. »