Mes textes

 
Étincellances
 
 
 
Nuages, en transparences,
guetteurs légers
de ciel dévastés...
Au loin la lumière se découpe.
Errance nimbée de contre jour.
Les frissons du vent ondulent sous la caresse
de la nuit qui s’éveille... 
Bientôt dans les champs de lumières
se lèveront les étincellances stellaires.
Là bas, il y aura toujours un regard qui se pose.
Une main qui se tend.
Photo et texte Roselyne Cusset 2008
 
 
 
 


Photo Roselyne Cusset

Lointains si proches



 De son épine de pourpre la fleur rouge sang
Empale le papillon d’opale au soleil couchant.
Le cœur bât au seuil de la nuit ordinaire.
Le chant du cygne se fait entendre
Au bord de l’extase terminale.
Regarde cette étoile qui brille si haut
Portée par la voie lactée
Elle éclaire le cœur d’une femme
Si proche et si lointaine.
L’arbre de santal donne de l’ombre
A l’homme qui tend les bras
Mais parfume la hache qui l’abat.
J’erre à travers des espaces qui sillonnent l’horizon
J’entends les cris de mes semblables
Là bas si loin mais pourtant si près de mon esprit.
Mes autres moi-même en souffrance
  En écho
Écoute leurs gémissements
Leurs plaintes pareilles au vent
Qui nous conduisent au pays de nos ombres
Tapies si bas toujours plus profondes.
Cachées…

Roselyne Cusset – 2005


Photo Roselyne Cusset


Volupté d'automne


Le bruit des nuages
Glissants sur fond de ciel,
En spirales de volutes veloutées.
Trace d’ombres et de lumières
La surface azurée
Des frais matins d’automne.
L’haleine de la vallée
Frissonne en s’élevant
De la bouche béante
Des précipices.
Plus haut,
Des arbres crépusculaires
En ombres chinoises
Dessinent l’horizon.
La nature s’abandonne
Exhalant des odeurs profondes
Des senteurs opulentes
De mousses et d’amarantes.
Je vais solitaire
Par les chemins boueux
Au cœur du creux de la forêt
Pour retrouver ma vie
Qui bat en pulsations rythmées.
Accordée aux étoiles
Accordée à la terre.
Roselyne Cusset – Automne 2003





Promenade mélancolique.

  Le ciel métallique bas et lourd

Déchire l’espace froissé

Dans un frissonnement givré.

Le froid sculpte les arbres

Aux branches torturées.

Des nuages effilés et sombres

Poudrent de mauve l’horizon.



Les longs dinosaures de granit

Avancent immobiles, encerclant la ville.

Un instant envolé mon regard se pose

Sur le paysage dépouillé.
 Je courbe le front

La froidure du linceul neigeux me pénètre

Silencieusement je marche en effleurant le sol

Laissant la trace de mes pas souiller la pureté de la neige.

Quelques gouttes de sang échappées

Signent en idéogrammes mon humanité

Sur la blancheur de ce tapis d’hiver.

Le passage de l’ombre à la lumière se dessine

Je sais que tu m’attends là bas.

(Roselyne Cusset 2005)









Le noyau de la comète





Elle est d'étoile

Quelque fois d'ange.

Dans les fils de sa toile

Tu peux y rencontrer ton âme.

Légère elle se dépose sur nos vies

Comme sur nos souvenirs.

Elle est présence

Parfois l'absence

Surement nous finirons comme elle.

Pour la voir,  la saisir

Pour en suivre la trace.

Un seul rayon de soleil  suffit.

 

Oh poussière!

Roselyne Cusset  2006





Les particules de rêve

Sous les paupières du silence
Un homme écrit des particules de rêves.
Elles sont de plusieurs couleurs
Reste à déchiffrer leurs longueurs d'onde, leurs vibrations.
Derrière le rideau du silence de la nuit
Bat le cœur des galaxies
Accordé au souffle des sphères
 Aux lumières de la ville
Lié à nos vies.

Un jour en regardant le soleil droit dans l’œil gauche
Des persistances rétiniennes ont coloré
L'intérieur de ma boite crânienne
Volent papillons multicolores
Danse ma lourde tête sous l'étoile noire
Tournent en ribambelle
Mon ventre, mes bras,
Glisse mon corps sur l'herbe bleue.
Au dessus les nuages m’appellent.


L'homme est reparti, à soulevé son chapeau de vent
Pour me saluer
Un instant...


 (Roselyne Cusset Avril 2007 ) 









Au fil de l’eau



   (photo Roselyne Cusset )





Au fil de l'eau mes pensées défilent aux rythmes des souvenirs.
Des éclats de ciel se reflètent et m'éclaboussent de ci de là
Et je dérive sur les rives vertes de l'eau en sous-bois.
Je m'abreuve de sa fraîcheur me ressource de ses cascades
Et m'isole dans ses ombres protectrices.
Comme un soleil tombé des paillettes d'or scintillent
Dans les méandres de son onde.
Où glissent silencieux de longs cygnes noirs aux yeux de rubis.
 
                                                              ( Roselyne Cusset 2010 )










Par dessus les toits


Le ciel commence au bord de tes cils
Il aspire les fragments colorés de ton iris,
  Éclate de rire et de soleil ,
Morcellement de pluie.
Le ciel commence dans le verre que tu bois.
Au bord de tes lèvres gourmandes
Il se ceint de nuages, s'irradie d'éclairs.
Au plafond de ta chambre , il ouvre son carré, referme tes paupières.
Au noir de ton velours sous tes yeux frémissants
Il plonge dans l'abîme de tes nuits solitaires.
 
 
Il a pour se défendre de trop fortes brûlures,
Des grains d'étoiles constellant ses limites.
Accompagné d'oiseaux il chante au dessus de tes rêves.
Pour réclamer la vie battante de ton cœur aux volets clos
Il s'obscurcit de ta peine.
Inspiré tu tombes en lui comme un ange se noie
Alors il ouvre en un dernier instant
Son grand œil de cristal.
 
(Juin 2007  )

  
               

                             ( Pierre Soulage musée de Grenoble..)
    

 La noire sœur de lumière.






Au-delà du noir le plus intime le plus intense naît le silence
Pour révéler le son
Accordé  à  ma respiration, au regard porté à cette immensité sombre accrochée en lévitation sur ce mur blanc. Je me suis absorbée dans sa contemplation, ou était ce lui qui est venu à ma rencontre. Tour à tour observatrice observée, seule face au message de l’artiste.
Je me suis rapprochée pour aller à sa rencontre, un instant jusqu’à l’envie d’effleurer sa surface, ses stries fines et infinies plongeant en diagonale pour s’élever à la verticale afin de s’allonger en lignes horizontales au dessus du néant.
Juste passer délicatement la pulpe de mes doigts, unissant mon épiderme à sa surface nervurée pour en lire les messages pour en saisir l’essence. Un instant fragile suspendu  à cette idée pour sentir ses variations multiples, entre mes spirales épidermiques et ses quadrillages de matière assombrie.  Progressivement sous le jeu des lumières de la salle, au fur et à mesure de mon éloignement et de mon changement d’angle de vue, il s’est révélé, dévoilant ses mystères. J’ai pris de la hauteur et j’ai vu des champs de blé noir. Le jeu des reflets  des brillances, éclairait subtilement la matière, animait sa surface. Immobile face à lui j’ai fermé les yeux pour le retrouver caché derrière mes paupières, image projetée en contre-champs.
Écran vibrionnant, palpitant, révélant un autre rectangle éblouissant. Le plus lumineux émergeant de l’obscure, unissant la fragilité de la soie à l’ébène la plus dense. Ses éclats de jais se jouent de la lumière de nous et je m’amuse de ces variations subtiles. Au plus profond brille dans l’anthracite le diamant éternel   capteur de lumière. Sur son écran j’ai projeté mes films, créé des univers  où se côtoient des   réminiscences de souvenirs lointains.
La longue chevelure de réglisse lisse d’une jeune japonaise sur le chemin des philosophes à Kyoto.
Les toits d’ardoise luisants après la pluie sous la lumière d’orage d’un ciel tourmenté. La roche brune des orgues basaltiques surplombant les torrents au creux des Cévennes. Subtilement s’est dessiné un espace habité.
Le temps s’est suspendu, étiré dans l’espace et je suis revenue lentement comme on sort d’un rêve profond, encore habité par des impressions diffuses. 
Roselyne Cusset
Avril 2012 Musée de Grenoble  





                                                Serge Lutens parfumeur et photographe...


 Coquine rit


Je file comme un bas de soie

A l'envers à l'endroit.

Tu me suis, je me défile

Tu me délies, je me débobine....

Je glisse entre les interstices

Du temps qui s'ellipse.

Comme une fuite d'eau

Je goûte à gouttes c'est nouveau !!!

Je me lasse, tu me délaces

Enlacée dans tes dédales

Suivant ton fil d'Ariane

Au fil de l'eau d'opale.

Tu me délies, je me délivre

Sans me livrer, tu m’enivres.

Envole moi, dévoile moi

Tes paroles m'enchaînent à mes émois.

Je m'étale comme une flaque d'eau

Sur le ventre, sur le dos.

En mes notes transversales

Tu pianotes en diagonale.



 

 

Roselyne Cusset 2007




Le monde est bleu comme une vague à l’âme.





Au-delà du passage se dessine ta présence

S’accrochant au souffle du vent

Qui lentement dépose

Ses grains de poussières d’or.

Au centre de l’absence

L’espace tisse des lueurs irisées

L’ombre estompe le silence.





Des portes claquent

Des volets se referment.
La chaleur imbibe nos cerveaux
Fige notre attente.
Au loin les silhouettes des oiseaux
Dansent en arabesques fluides.
Le voile du rideau caresse mon visage
L’odeur du crépuscule m’enivre
Et je m’ouvre en corolle.
Roselyne Cusset 2010




Plume d’eau


Plume d’eau sur le versant de la nuit liquide
Tu dictes tes mots appelles le silence.

Épelle les voyelles du rêve
Envole ma vision
Approches là de la source.
Les mots  glissent en latitude
Le mémoire fuit en lassitude.


J’égrène la fuite du vent
Rejoignant l’autre rive
Pourtant sombre est la solitude
Mais le rire s’accroche à la verticale
Pour rebondir en cascade..
Plume légère accrochée au vide aquatique
Tu te balances et rejoints les remous
Du temps qui file.

Roselyne Cusset 2010


 


 


  


 

Andalousie

Et Grenade en ses pourpres, ondule  sous un soleil incandescent.
Dans les ruelles sombres les grelots des chevaux
donnent la cadence en échos aux danses
des fières gitanes  cuivrées, parées d'or et de flamboyance.
Au dessus de la ville , la cité d'ocre millénaire
des Nasrides s'élève entre ombre et lumière.
La douce musique des fontaines arrose ses jardins suspendus
apaise notre fièvre,
languissants nous laissons le regard se poser sur l'enchevêtrement
de ses mosaïques bleutées.

En contrebas le rythme de la ville  nous appelle , pour nous inviter
à boire un "Tinto de verano"
aux terrasses des placettes parfumées.
Nous quittons la quiétude de ce paradis  , pour nous plonger dans la bruyante
mouvance de la ville, espérant rencontrer au hasard de ces labyrinthiques passages,
l’œil de jais profond et  moqueur d'une belle flamenca ,
majestueuse en ses atours de couleurs emmêlées 
sur fond de dentelles aériennes.
 
 
Roselyne Cusset janvier 2009





L'envolée belle
 
J'ai relevé le prix de mes erreurs
ça faisait un sacré pactole.
J'ai relevé la tête
et compté les étoiles sur le bout de tes doigts.
Je me suis redressée
tout en baissant ma garde
je n'avais plus d'ennemis.
 
J'ai épanché mon cœur
sur des blessures anciennes
au fond de longs couloirs qui n'en finissaient pas.
L'écho m'a répondu de me taire
et d'aller me faire voir ailleurs.
Je l'ai écouté.

 
Il est temps de fermer la porte de tirer les volets,
de clore le débit des torrents de larmes.
  Je m'en vais
je prends la vie buissonnière à bras le corps,
l'échappée belle m'attend
les envolées aussi.
 
Roselyne Cusset Avril 2011
 
 

Retour aux sources.




La ronce mauve emprisonnait le jardin dans un écrin infranchissable.Une petite porte de bois vermoulu cachée par les hautes herbes, permettait d'accéder au lieu reculé envahi  par une végétation sauvage.
En franchissant le seuil d'un pas décidé , j'avançais l'esprit en éveil et les narines palpitantes aux multiples odeurs s'entremêlant  dans un air chargé de lumière.
Au loin dans toute cette verdure, un puits, dont la margelle de pierres  grises moussues, tel un îlot, accrocha mon regard. Je me rapprochais tout en ralentissant ma marche et restais un instant  en suspension,  lorsque je vis s'y poser, un beau merle moqueur au bec jaune tournesol qui tout à son aise , s'ébrouait dans un petite flaque d'eau reflétant un pan de ciel . A mon approche il s'envola aussitôt . Je me retrouvais dans le saint du saint , celui de mon enfance. Le presbytère dressait son clocher sous un ciel radieux et un soleil écrasant, sans un souffle de vent.
Je pénétrais en son ombre , calmant les feux de l'été.
La chaleur s'arrêtait au cloître nourricier et laissait ses volutes frémissantes en stries vaporeuses de poussières irisées au seuil de cet antre, cette caverne de velours noir , ce paradis de langueur diffuse.


Je goûtais avec ferveur les fruits de l'éden, ces petites perles de silence ici et maintenant   dans la fraîcheur retrouvée , apaisante comme après une forte fièvre.
Cet espace m'accordait le privilège de me retrouver seule , tranquille et apaisée à regarder dans la pénombre riche de présences invisibles, la lumière dessiner un cadre doré  sur le dallage sombre.
Seul le bruit de ma respiration enveloppait le silence....Bientôt il me faudrait rentrer.
 


Le train


Mon regard a embué  la vitre du train

J’y dessine un banc sous un arbre

Un nuage où s’accroche un cœur. 

La pluie ruissèle sur mon visage

Dans ce train qui roule à vive allure

Je crois apercevoir ton reflet

Qui me sourit la nuit

 Mais un voile recouvre le dessin

 J’ai envie d’écrire le mot fin

Dans ce train qui roule à vive allure.

Roselyne Cusset (février 2014…)




Nomade  land 




Le bâton du nomade   sert à   tracer ta route.

A nulle autre pareille.

Il  est encore gorgé de sève,  il est fin et robuste.

Si tu le plantes et l’arroses de tes rires de tes larmes 

Il te donnera des feuilles,  des fruits et de l’ombre.

Si tu veux juste l’enfoncer dans la terre pour indiquer le chemin 

Il sera un poteau indicateur.

Il se fera oiseau dans le vent

Il  sera crayon sur le sable pour dessiner

 D’autres rivages d’autres lointains.

Il transformera la courbe de tes rêves en sphère.

La courbe de l’horizon en présage.

Il se fera serpent pour effrayer l’intrus 

A plumes pour écrire des histoires.

Tu pourras t’y appuyer lors des grandes fatigues

Des jours mauvais. Des vents contraires.
Au bout de ta route tu le transformeras en Totem
Sans tabous.
Pour y prier lorsque la nuit descend.
Le remercier lorsque le jour se lève.

Roselyne Cusset  02 /2016


 

En écho aux poètes disparus.

Le poète a dit   « la terre est bleue comme une orange  » je vois s’immerger derrière les montagnes bleues des Cévennes une lumineuse tangerine auréolée d’un brouillard léger. En continuant le chemin de la garrigue  alors que la nuit descend progressivement rendant les contours de mon champ de vision plus atténués, les étoiles apparaissent  doucement ça et là.

En levant  la tête,  je m’abandonne en toute confiance au ballet scintillant de la voûte céleste. Je m’abreuve à sa voie lactée. 

Je lis l’histoire du monde défunt qui ouvre ses petites portes lumineuses sur des ailleurs encore plus lointains. Je suis en aspiration vertigineuse happée : petite et vulnérable et cependant si entière à l’unisson de cette musique des sphères et j’entends la phrase d’Aimé Césaire en écho à Paul Eluard

« Debout  sous les étoiles, debout  et libre » je lève mon bras en un  poing d’exclamation ...

Je n’ai besoin de rien si ce n’est d’être à  l’unisson de ce monde qui me fait sentir si vivante et libre’...

Roselyne Cusset mars 2015 


Photo Roselyne Cusset modèle Margot..Grenoble 2010


Chagrin

Une poussière d’étoile  s’est posé  sur mon iris

Il a pleuré au creux de ma vision nocturne.

J’ai vu derrière un rideau de larmes

Des aurores boréales à contre jour

Je n’en ai gardé que le vert incandescent.



Sur le   velours d’une nuit sans lune.

J’ai marché à tâtons

La tête à l’envers

Puis à reculons le cœur à l’endroit.



Poésie en vrac 2015
 








Éclats de lune.



La lune est pleine de rêves

virevoltant dans ma tête

Et je délire folle à délier.

Je n’arrive pas à fermer l’œil de la nuit

Il m’espionne le cyclope

J’en éclate de rires



Les entrelacs de ses morceaux d’azur
Jonchent le sol
A contre  jour
Et le  reflet de mon iris
Se mire
A l’infini.

Roselyne Cusset mars 2016



Photo Roselyne Cusset 2006





Ceux qui partent ont toujours tort ?



 Lorsque le vent nous emportera

  Resteras-tu là

Les deux pieds dans la terre

Soclé  dans la matière

A nous regarder danser et sourire

 A nous écouter  chanter et puis rire.

Nous  suivrons      le   fil conducteur

De nos passages voyageurs

Sans frontière sans passé sans barrière.

Au bout la liberté  ou la prière.

  Statue de sel tu t’es retourné

Sur les ruines du temps passé

Sous les flots de poussière
Impossible de revenir en arrière.
Suivras tu  le Kaïros à la croisée ?
Au rendez-vous de la destinée.

  Les funambules savent passer
D’un rêve à l’autre sans tomber.
Sur le fil du rasoir sans se couper
D’un espoir à la réalité.
Seul le vide aspire
Seule la liberté inspire.
Pour toujours à jamais 
Pour jamais en retour.
Roselyne Cusset juillet 2016 .



  
 

Photo Roselyne Cusset 2008


Aux larmes etc



Les larmes des lames 

Se retirent sur la plage

Les vers déversent des verres

D’eau pure

Au dessus des nuées

Dénuées de nuages noirs.

C’est l’orage

J’ai mouillé la page

Moitié or moitié ange

Je te dérange

De l’eau à l’aube

Coule le long des visages

Sans âges.
Les marées amarrées à la mer.
 En flux et refus
S’en vont et s’en viennent
Comme une valse.
J’ai contourné la rive
Sans me retourner
Je dérive !
 Roselyne Cusset Aout 2016 




Serpentine

Elle coule sans cesse la Céze
Change de lit comme de chemise.
Débordes de larmes en épisodes
De flanc de montagne cévenole
Où s’accrochent souvent de lourds  nuages noirs.
Orages oh désespoir
Sur le sentier     au détour d’un matin
Elle n’est plus  là où on l’attendait
Transformée
Sa cartographie aquatique
Dessine d’autres rivages
Sous les bambous
Ruisselants de vert de jade
Des éclats de lumières dansent
Formant des notes irisées.
Se découpant sur fond de mousse.
Le ciel est lavé de son chagrin
Nous partons à sa rencontre
Et d’une rive à l’autre
Continuons un  chemin  différent
Au rendez vous des aubes claires.

Roselyne Cusset  été 2016

Photo Roselyne Cusset



Des profondeurs...

Les yeux cernés par des ombres chinoises
Dansant une sarabande à part.
J’ai pris le large
J’ai pris le fond.
Je suis partie à l’aventure sans filets.
Le vide m’inspire
Le vide m’aspire.
Tendue au dessus du néant
Je l’ai regardé dans les yeux  ce cyclone.
Rejoint son tourbillon d’étoiles de mer
Puis je suis remontée à la surface
En gerbes d’océan.
 Roselyne Cusset Septembre 2016.









Photo Roselyne Cusset


Ultime frontière


La longue route
Dessine à chaque pas
Des traces de lune.
A la frontière sauras-tu reconnaitre
L’ombre du destin.

Derrière le rideau rouge
De tes paupières
Un éclat de diamant solitaire
A percé le vide.

Tes sanglots assourdis
Suspendus au fil du temps
Ont accroché la reine araignée
Tu t’es laissé glisser
Pauvre fou sur son échiquier.

Intense est la vie
Profonde est la nuit.

Roselyne Cusset
Mars 2018







Poussières d’étoile

La poudre dorée
Du cœur des marguerites
S’envole au loin.
Emportées par les raies d’un soleil timide
Dansant sur les volets bleus
En tremblements légers.

Sur son visage d’opale
Émergeant  de l’ombre
Une larme cristalline
Jaillit de sous ses cils.  
Et tombe sur sa main ouverte
Jusqu’au creux de sa ligne de vie
En miroir aux alouettes
De reflets perdus.

Elle se lève, déplie sa robe en corolle.
Au loin sonne le glas.
Une brume légère
Vaporise des gouttelettes d’argent
Sur sa chevelure sombre
Comme son chagrin.


Roselyne Cusset (mars 2018)






La symphonie des jours heureux



Les coquelicots froissés se balancent
En taches rouges de baisers ardents
Ils parsèment le vert du pré.
L’oiseau s’en moque
Il suit la rivière qui se déride
Se plisse, ondule sous la caresse
D’un zéphyr léger.

Le petit lac bleu
Éperdu d’immensité
 Plonge dans un ciel de cristal.
L’étreinte parfumée
De la cétoine dorée
Et de la rose thé
Embaume le crépuscule violet.
En une danse ultime.

 Roselyne Cusset (mars 2018)


Photo Roselyne Cusset



Le sentier buissonnier.



Dans l’arbre creux

Le peuple du silence t’observe

Ecoute !

L’histoire de la rivière
À fleur de pierres.
Regarde la couler
En mille éclats dorés de fragments de soleil.
Dans le lointain l’esprit du lieu jaillit
A la verticale des profondeurs.

Le ciel se mire dans l’œil de l’enfant perdu
Il pleut doucement sur le chemin de halage.
Le crépuscule descend lentement
Étouffant les bruits
Exaltant les odeurs.



De petites étincelles bleues
Jaillissent et ponctuent les sous-bois.
En réponse aux étoiles scintillantes
Timides et pâles.
Progressivement le bleu cobalt s’installe
Révélant des pépites d’or
Dans un ciel plus sombre.

La petite silhouette s’éloigne
Et soudain disparait.
Une multitude de senteurs
Dansent dans l’air  :
Respire !
Le temps est venu de rentrer.

Roselyne Cusset (Mars 2018)











Danse de nuit blanche

Une ombre discrète cerne tes paupières
D’un violet grisé
Éclairée par une lune laiteuse.

Tes rêveries solitaires
se projettent sur  la paroi du silence.
Dans l’obscurité on devine
Le satin velouté
D’une étoffe rouge
Glissant doucement.
Et tu danses  avec lui
Sur le bout de sa langue
En équilibre
Suspendue en verticales vertiges
Au rythme des sanglots assourdis
D’une ronde de nuit.

Roselyne Cusset (mars 2018 )